Téléphonie et Trisomie

L’opérateur de téléphonie belge Simyo, récent implanté en France, a trouvé un moyen de faire parler de lui à travers sa campagne publicitaire réalisée par Eric Zonca (la vie rêvée des anges) dans laquelle apparaît Pascal Duquenne, acteur trisomique palmé à Cannes pour le film « le 8e jour ».

Une campagne sur le thème « je suis un peu différent, mais je suis comme vous, j’adore téléphoner » qui n’a pas fait l’unanimité.

Je vous laisse découvrir la publicité

Dans son billet sur le post, Sébastien Durand explique la problématique avec précision, rappelant que Simyo a pris la peine de contacter les associations d’handicapés pour savoir si le message choquait, que ce sont finalement les « communicants » les plus gênés par cette campagne, et que surtout, Simyo n’aura obtenu gain de cause que si sa stratégie de communication s’accompagne sur la durée d’une vraie implication dans la lutte contre les formes de discrémination.

Personnellement, je n’arrive même pas à concevoir que cette « problématique » puisse donner lieu à un tel débat.Et je fais une lecture bien différente, et peut-être plus simple, de la publicité.

Pascal Duquenne est avant tout un acteur. Par son biais, l’opérateur nous interpelle sur le fait que nous sommes tous différents. En tant qu’être humain, mais en tant que consommateur également. N’est-ce pas d’ailleurs l’une des bases de nos cours de marketing ?

A partir de là, il propose une publicité pour soutenir son message. En choisissant ce spot dont il a bien senti qu’il pouvait être polémique, il s’assure une visibilité médiatique immédiate – la preuve, on en parle sur  RMC, TF1, l’Express ou encore les Echos. Un buzz d’autant plus important pour Simyo que le marché des opérateurs téléphoniques virtuels est encombré, pour ne pas dire surchargé.

Nicolas Narcisse, co-dirigeant de l’agence Elan, qui signe la campagne, ne s’en cache pas dans l’interview accordée à Handicap.fr « On ne va pas mentir : l’ambition d’une campagne de pub est de faire parler d’une marque. Mais nous n’avons pas choisi une personne handicapée mais un comédien avant tout, qui a le mérite d’être un porte-parole puissant parce que sympathique, populaire, proche des gens. Mais aussi différent, comme veut l’être la marque Simyo. Il fallait un spot révolutionnaire car son offre l’est aussi. »

Dans un monde de communication et consommation où le client est bombardé d’offre, il faut savoir se distinguer. Pour cela, je ne dirai jamais que tous les moyen sont bons. Simplement, il faut parfois savoir oser et provoquer. Certaines tentatives peuvent être réussies – c’est le cas ici – alors que d’autres n’obtiendront pas l’effet escompté.

Cette campagne au final, me rappelle un peu les publicités de Aides, autour du thème « si j’étais séropositif », pour lesquelles politiciens, célébrités et sportifs ont prêté leur image.

Certes, il s’agissait de soutenir une grande cause, et non une entreprise privée. Certes, les personnes ne sont pas séropositives.

Mais au fond, ne s’agit-il pas finalement de la même question que celle qui agite la participation de Pascal Duquenne à cette publicité : si j’étais différent, comment réagiriez vous ?

Et surtout, est-ce que ce n’est pas la conscience et la morale de chacun qui détermine ce qui est choquant, de ce qui ne l’est pas? Est-ce que nous aurions été choqué si, au lieu d’un trisomique, la publicité avait retenu un homme séropositif ? Et s’il avait été aveugle ?

L’histoire nous dira si le message a atteint son objectif et si Simyo a réussi, grâce à cette publicité, à se faire une place en France.

L’histoire nous aura au moins appris qu’au 21e siècle, trisomique et handicapés sont encore considérés comme différents… même quand ils sont acteurs et qu’ils ont reçu un prix d’interprétation à Cannes.

Décidément, les mentalités ne changent pas vite.

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3 commentaires

  1. Beaucoup de questions intéressantes et de débat autour d’un spot qui, sans cette polémique, ne serait pas d’un intérêt transcendant. Indépendamment de la gêne occasionnée (parce que oui, je suis gênée), je ne suis pas convaincue par l’idée de la différence « commune » entre l’offre d’un nouvel opérateur téléphonique et un homme adorant téléphoner et qui, accessoirement, est trisomique.

    Pourquoi ? Simplement car la différence génétique est visible avant toute chose, au contraire de la campagne AIDES, et ne peut donc jouer sur la semi-embuscade qui fait à la fois sourire et prendre conscience d’une réalité. Pour prendre un exemple, j’aurai bien vu M. Duquenne vu de dos auréolé par un spotlight, papotant gaiement à propos de sa différence et de sa bonne affaire subséquente, puis un plan de face : « eh oui, je suis différent ; comme vous. » Et surtout pas de ce plan sentimental de personnes tous sourires qui dansent à moitié. Bien sûr, c’est très subjectif et, comme tu dis, il faut attendre le fin mot de l’histoire avec les preuves du succès de l’opération.

    Plus largement, je voudrais réagir par rapport à ceci : « ce sont finalement les “communicants” les plus gênés par cette campagne ».
    Le problème n’est plus dans les moeurs, ni dans la publicité qui reste d’une facture très logique et sait que la « polémique » fait partie du jeu, du buzz (ce qui n’empêche pas les précautions prises). Le problème réside dans le fait de montrer la différence et dans quel but : que ce soit pour vendre la minute à 19 centimes ou pour émouvoir les chaumières chez Jean-Luc Delarue, l’effet de gêne est le même : où est la dignité ? Ici, je pense qu’elle est sauve par le fait que c’est Simyo est le premier acteur du secteur à faire preuve d’humilité en parlant d’un avantage concurrentiel (la différence) intrinsèque au lieu de jouer sur un objet starérisé ou des concepts (« open » and so on). L’annonceur et le porte-parole s’allie bien dans cette démarche d’honnêteté, mais in extremis.

    J’en reste à la vieille école des chansons américaines pour les cigarettes : « I don’t give a damn for a greenback dollar ; I’m just a travelling man, doind what I think I should. Oh yeah ! doind what I think I should »

    Sinon, j’imagine qu’on ne peut pas jouer de l’italique dans les commentaires sous WordPress ?

    • je ne sais pas si c’est cette phrase que tu souhaitais mettre en italique,mais c’est fait.
      Je te trouve tout de même un peu contradictoire – normal tu es une fille – mais comment peux tu à la fois trouver que la dignité est sauve, même in extremis, quand d’un autre côté, tu commences ton commentaire en disant que tu es gênée?

  2. Euh oui, entre autres, merci ! (oups c’est doinG d’ailleurs… faut pas que j’écrive dans le noir ;))

    Parce qu’une fille constate une chose avec son feeling, et une autre avec sa raison… Lesquelles ne sont pas incompatibles mais complémentaires.


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