Exhibitionnisme ?

Qu’est-ce qui nous pousse aujourd’hui à déballer sur internet les moindres de nos secrets ? Sommes-nous tous en train de devenir exhibitionnistes ? N’avons-nous plus aucune retenue ? A quoi répond cette envie de dire partout et à tout moment ce que l’on pense, ce que l’on fait ?

Voici l’une des questions qui accompagne les réflexions des observateurs qui prennent un peu de recul face à la montée en puissance inéluctable des réseaux sociaux dans lesquels nous nous dévoilons finalement beaucoup.

Et deux anecdotes qui circulent largement sur le net viennent actuellement  illustrer ce problème.

Qui n’a pas entendu parler de Marc L ?

Marc L, c’est cet homme dont le Tigre a réalisé un portrait détaillé à partir des informations trouvées en toute légalité sur le net.  Repris largement dans la presse – l’Express ou Le Figaro, entre autres.- ce portrait apparaît comme un réquisitoire implacable, non pas contre les réseaux sociaux, ce serait une lecture trop facile de l’affaire, mais pour un usage plus raisonnée et maitrîsé d’internet.

Il n’est pas question d’aller se désinscrire pour autant de tous les sites sur lesquels vous êtes inscrits, car le travail réalisé par le Tigre demande du temps, une connaissance du web et un objectif précis.

Qui aurait envie et/ou intérêt à faire votre portrait aussi détaillé ? A mon avis, pas grand monde.

Simplement, plus que jamais, il faut se poser la question, avant de parler, d’écrire, de publier une photo de protéger correctement ses informations. Et force est de constater que dans ce domaine, la notice n’est pas fournie avec Internet.

L’autre affaire, c’est celle du Vice-Président de Ketchum, James Andrews. Se rendant au siège de Fedex à Memphis, un de ses principaux client, il twitte pour dire à quel point il lui serait impossible de vivre à Memphis  « I would die if I had to live here ». Malheureusement pour lui, il est suivi sur twitter par une employée de Fedex… et l’affaire monte rapidement en épingle comme le raconte le blog half day. Edifiant !

Et tout ça n’était parti que d’un sentiment personnel, exprimé à la va-vite sur un outil à la mode qui permet de « gazouiller » (twitter) à tout moment et librement sur ce que l’on fait, ce que l’on pense… Un gazouillis malheureux de la part d’un directeur de l’agence Interactif de Ketchum, pourtant supposé connaître et maîtriser l’outil.

Et encore un exemple qui  nous rappele ce vieux proverbe de notre enfance « tourne 7 fois ta langue dans ta bouche avant de parler ».

Remis au goût du jour, ça donnerait « tourne 7 fois la souris entre tes mains avant de publier »

Je vais quand même relire mon billet avant de le poster…histoire de !

Advertisements

4 commentaires

  1. – selon Yahoo via Reuters (chacun ses sources 😉 il a fallu environ deux heures pour réunir ces infos. Du point de vue de la recherche, c’est viable, mais de celui du temps de lecture et de tri de l’info, moins.

    – on étale sa vie, soit. Mais d’abord pour son propre comité qui, grâce aux nouvelles tech, se trouve effectivement élargi. La commodité des réseaux sociaux compense dans une certaine mesure l’inconvénient de faire passer une partie de sa vie privée dans le domaine public.

    – qui peut avoir envie ou intérêt de faire un portrait détaillé ? Une curieuse impénitente comme moi qui va traquer ses recruteurs sur facebook ; un collègue malintentionné qui veut vous nuire… ou tout bêtement faire une mauvaise blague.

    – à l’image de M. Andrews, on aimerait bien pouvoir dire ce qu’on veut sur l’espace virtuel censé vivre d’hyper démocratie, histoire de susciter la discussion (les statuts servent surtout à cela, et plus encore ceux à 140 caractères je crois). Comme dans la vraie vie, on ne peut pas dire n’importe quoi à n’importe qui. L’histoire est montée en épingle, et c’est dommage.

    – par rapport au souci d’exhibitionnisme, les personnes qui emploient ce terme sont probablement les mêmes qui jugent les réseaux sociaux indiscrets. Certes, mais n’est-ce pas un moindre mal pour un champ d’opportunité exponentiel ? et une occasion unique en son genre de contrôler son image soi-même ? Une vie virtuelle « exposée » peut faire taire les rumeurs de la vraie vie… comme les faire naître. C’est une question de dosage.
    Il fut un temps où les femmes persanes devaient rester sous quatre voiles et enfermées dans un sérail sous peine de dilapider leur vertu, leur « discrétion ». Le Mahométan de passage à Paris s’interroge de ce que les demoiselles à visage découvert en plein jour ne choquent pas la morale, et que pour le sens commun, leur « discrétion » soit toujours intacte. Entre les deux exemples féminins, une différence : la responsabilité du risque. Et une parcelle de pouvoir en plus.

    Merci Montesquieu, même si j’ai avorté ta lecture !

    PS. Re-re-lecture : il manque un x à sociau, 2e paragraphe. lol.

    • Ah Lauren, tu sais que j’aime beaucoup la qualité de tes commentaire et le recul immédiat que tu es capable de prendre sur les choses. Surtout au regard de ton jeune âge. Mais comme on dit, « la valeur n’attend pas le nombre des années ».
      Bon j’arrête là les fleurs.
      Je ne suis pas certain que cela compense, comme tu le dis, car je pense qu’on ne mesure pas les effets pervers – on commence seulement à les découvrir. Et surtout, la question se pose aussi de savoir dans quelle mesure le confort / la commodité dont tu parles ne participe pas d’une déshumanisation des rapports entre les gens : tu veux savoir ce que je deviens, va voir mon profil facebook, lis mon blog, suis mon twitter et tu sauras…

      Enfin, oui, je parle d’exhibitionnisme, mais je ne juge pas les réseaux sociaux d’indiscrets, car je sais qu’on y trouve ce que les gens ont bien voulu y mettre. Je suis néanmoins étonné que tu répondes avec l’argument consistant à minimiser le risque au regard des opportunités. Oui, on peut participer à la vie de ses réseaux, sans pour autant exposer ses photos, en choisissant avec parcimonie ce qu’on dévoile… si bien qu’on arrive à maîtriser la vie virtuelle ainsi exposée. Mais ce qui te paraît évident, toi qui t’es posée ce genre de question, ne l’est sans doute pas autant pour un autre qui n’aura pas autant de recul…et ne mesurera pas le risque ainsi couru. Celui là ne se posera peut être même jamais la question du contrôle de son image.
      Quant à Montesquieu… merci de l’avoir cité sur mon blog. Mais t’aurai pu mettre un retrolien vers son blog 😀

  2. – à propos des opportunités v. risque :
    L’argument naît de mon expérience personnelle, que je ne saurais généraliser tant l’appréhension de ces outils peut être variable (il n’y a qu’à comparer Thomas et toi). Réticente sur Facebook, j’ai commencé récemment à comprendre à quel point cela pouvait s’avérer pratique. Actuellement, je travaille (enfin ma micro-agence) pour l’Atelier des Chefs ; je découvre un groupe pour leur filiale à Londres ; je contacte la créatrice, qui à son tour me renvoie à son ancienne maître de stage – également sur Fb. En parallèle, une collègue iscomienne que je ne connais quasiment pas me branche sur le sujet, et on se donne rdv pour qu’elle me fasse un compte-rendu de l’atelier Chefs à Paris du salon Maison & Objet… Sans compter les invitations à des conférences via des gens étonnants et les groupes de sorties culturelles.

    Pour l’instant, et je dis bien pour l’instant, il me semble que la balance penche du bon côté.

    – à propos de la déshumanisation :
    Oui bien sûr, car il est tentant de perdre les gens qu’on connaît en ne suivant que leurs « traces ». Et de façon générale il est vrai que les réseaux nivellent le degré d’intimité des échanges, qu’ils soient entre deux copains d’enfance ou deux inconnus croisés sur un groupe. Effectivement, la pudeur peut facilement en prendre un coup sans que la relation en soit enrichie.
    Nonobstant (j’aime bien le caser, celui-là), cette déshumanisation permet aussi -et paradoxalement- de mieux connaître les gens. Parce qu’on se sent plus libre, parce que la curiosité (voire le voyeurisme) peut être satisfaite, le proximité et l’amitié peuvent soit se développer, soit s’entretenir dans un contexte « réel » par ailleurs peu favorable. J’ai appris à mieux connaître mon correspondant toujours par monts et par vaux, et nous gardons plus facilement contacts entre copines de fac, sans la difficulté de trouver un créneau pour se voir toutes et de procéder à un rattrapage en règle de la vie de chacune au lieu de papoter de tout et n’importe quoi.
    Mais, vas-tu me dire, l’amitié se nourrit aussi d’absence, du plaisir de se retrouver, de l’intérêt que chacun nourrit pour l’autre et pas seulement de babillages futiles. C’est vrai. Mais l’interruption prolongée des échanges étouffe ce que la continuité des réseaux favorise : l’humour. Qui naît de la connivence, qui elle-même ne se sépare pas d’une bonne connaissance de la vie de l’autre. Et le système n’est pas neuf.

    Pour la ramener encore un peu avec mes livres, prends l’exemple de P.G. Wodehouse (l’hilarante série des Jeeves) : la quantité de télégrammes échangés pour se traiter de noms d’oiseaux ou débattre lapidairement d’une grave intrigue, les verbatims qui s’échangent comme de la monnaie dans les clubs… Nous n’en sommes guère éloignés, l’inconfort des cabs en moins.

    Désolée pour le rétrolien, je vais tenter d’installer le wifi dans sa tombe!

  3. […] Marc L. à partir des infos disponibles en lignes. Ceci m’avait inspiré un billet sur notre exhibitionnisme. Le Tigre revient sur la génèse de ce buzz qui avait défrayé la chronique.Excellent article de […]


Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s