J’ai (presque) conduit le RER B

Gare du Nord, ce mercredi soir, 23h.

L’ambiance est toujours la même : froide, glaciale même. Chaque passager, ipod sur les oreilles, semble être sur ses gardes, se regarde d’un oeil méfiant. Défiance habituelle à l’égard de l’autre. Réflexe moderne d’une société où l’on ne se fait plus confiance.

Je m’assied sur un banc, observant d’un oeil amusé un énergumène qui déambule en déclamant à haute voix des propos étranges.

Alors que le RER entre en gare, mon voisin s’en amuse aussi, m’expliquant que les « illuminés » sont plutôt de sortie le vendredi soir, avant de me demander où je vais et de me proposer de m’emmener … car il est le chauffeur du RER.

Au début, j’ai du mal à le croire d’autant qu’il a du mal à me regarder quand il me parle. Moi aussi, je finis par me méfier. Mais quand il se poste devant la cabine, salue le conducteur qu’il remplace, et m’invite à monter si je le souhaite, je finis par comprendre que c’est sérieux. J’accepte donc avec plaisir.

Ne sachant pas si cet article pourrait lui causer des soucis (mon blog étant lu par les hautes instances de la RATP vous vous en doutez bien 😉 ), je ne vais pas donner son prénom.

Me voici donc installé pour la première fois de ma vie dans la cabine de pilotage du RER. Une fois les portes fermées, le train s’élance. De 50 à 110 kms/h selon les zones, et glisse le long des rails. Le chauffeur ne fait que régler deux ou trois manettes. La sensation de vitesse est étonnante. La sensation de puissance de l’engin également.

Tout en allumant une cigarette, il m’explique qu’en m’invitant à bord, alors que ce n’est « pas tout à fait autorisé », il espère que j’aurai une meilleure image des chauffeurs. Il me raconte qu’il essaye de rester quelques secondes de plus à quai quand il voit quelqu’un courir pour attraper le train, plutôt que de respecter les horaires à la seconde, qu’il ne fait pas grève, que si un RER ne roule pas de temps à temps ce n’est pas pour nous faire chier mais bien pour notre sécurité ou pour des raisons techniques…

Discussion à bâtons rompus. L’homme est bavard même s’il s’écoute souvent parler. Simple et sincère, je le sens désireux de donner une bonne image de son métier. Y’a pas de sot métier me répète-t-il à plaisir.

10 minutes plus tard, je suis arrivé à destination. Je le remercie de l’invitation et descend de la cabine plutôt enthousiasmé par cette rencontre. Il me répète que si j’ai une bonne image de son initiative, il ne faut pas que j’hésite à en parler à mes amis.

Chose promise, chose due. Le billet est en ligne.

Déformation professionnelle, je me suis tout de même demandé, pendant un instant si cette invitation pouvait être une opération guidée par la RATP pour redorer son image. Je ne pense pas… mais l’idée mériterait d’être étudiée.

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