Et Benoit parla préservatif

Autant l’admettre, en commençant ce billet, je me demande si tout n’a pas été dit sur Benoit et ses capotes

Dans un avion qui le mène en Afrique, le pape Benoit XVI se hasarde sur le préservatif. Et sa formulation malheureuse déchaine les passions

En disant « Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent. »

Du coup, les blogueurs montent au créneau pour le défendre et crier à la désinformation. Etonnant !

La croix offre un excellent résumé de la situation.

D’une part, Maitre Eolas, démontre autour de 3 sujets récents que l’église est victime d’une forme de désinformation de la part des médias. Sur le sujet qui nous concerne plus directement, il attire notre attention sur le fait que la phrase a souvent été déformée d’une part pour devenir « le préservatif est inefficace contre le Sida ». D’autre part, il ne peut que nous forcer à constater qu’en prônant la fidélité, le Pape reste fidèle à sa doctrine.

Autheuil de son côté, nous rappelle que le préservatif ne sauvera pas l’Afrique du Sida, et se contenter de ça serait criminel. face aux pratiques sexuelles à risques, il faut chercher une réponse dans l’éducation, la prévention et surtout, le traitement.

Koztoujours aborde de nombreux sujets dans son billet – Benoit XVI, les capotes sont cuites – et nous rappelle surtout que le préservatif n’est pas sur à 100%, mais plutôt à 85%. Ce qui laisse 15% – ce n’est pas rien – de risque.

Chafouin nous rappelle en plus qu’un quart des centres accueillant et soignant des malades du Sida dans le monde sont tenus par l’Eglise. Et regrette de lire dans la furia médiatique contre le pape actuel, une volonté de le présenter comme un sinistre personnage obscurantiste (face à un Jean Paul 2 qui pronait l’ouverture)

Du coup, au final, Bruno Frappat de La Croix, nous fait part de la lassitude de devoir traiter toujours les mêmes sujets, et en particulier les paroles et décisions du Pape.

Mais s’il est contraint – à ma connaissance, la liberté de la presse ne le contraint en rien – de traiter des mêmes sujets, si l’on parle et s’émeut autant des propos du Pape, n’est-ce pas d’abord à cause de l’église elle-même ?

Distinguons deux choses : d’une part la médiatisation de la phrase, et le traitement réservé par les médias au Pape. De l’autre, le message délivré.

Si je rejoins les observations de ceux qui, plus qualifiés que moi, évoquent l’image du Pape noircie, ses propos déformée pour dénoncer une certaine désinformation, je ne peux m’empêcher de me demander : à qui profite le crime ? Quel intérêt pour un journaliste de « se payer le pape » ? Quel intérêt d’engager un travail de fond de dénigrement à son égard ? à l’égard de l’église ?

Pour l’instant, je n’en vois pas.

En réagissant comme prévu, les pros et anti-Benoit XVI ont tenu leur rang. Les uns ont rappelé les dégâts du Sida en Afrique et le besoin de s’attaquer à la racine du mal. Il était normal qu’ils s’insurgent contre l’attitude du chef de l’église. Les pros-Benoit ont souligné la cohérence du discours. Car c’était normal qu’il parle capote, tout comme il était normal qu’il adopte cette position.

Rien de nouveau de ce côté là. Deux opinions, deux mondes cohabitent. Ils ne sont pas faits pour s’entendre…pas tout de suite en tout cas.

Si on regarde le fond de la citation papale : comment la phrase a-t-elle détournée ? Sans doute par une forme de légèreté qui permettait d’obtenir un « bon mot » et un point de départ pour un sujet. C’est condamnable, c’est certain.

Mais ce raccourci est-il pour autant aussi inexact qu’on veut bien le dire. Pas forcément. Et même en ayant lu plusieurs articles sur le sujet, même avec un peu de recul, je ne peux m’empêcher de rejoindre ceux qui sont dérangés par de tels propos.

Et ce à double titre : Quand on sait que le sida resta la cause principale de mortalité en Afrique où 22,5 millions de personnes sont infectées par le VIH (seul 28% ont accès aux traitements anti-rétroviraux) et où 18 millions d’enfants pourraient être orphelins d’ici 2010 (chiffres Solidarité Sida), on ne peut pas dire que « la distribution de préservatif ne soignerait pas du Sida, et aggraverait le problème ». Pourquoi ? Parce que, mis à part l’abstinence totale, ce qui ne serait pas pour déplaire à Benoit, le préservatif reste la solution la plus efficace. Et dans un continent comme l’Afrique, condamné sur beaucoup de points, il semble inimaginable d’imposer  l’abstinence à ceux qui n’ont rien.

je me demande si le Pape n’avait pas un autre message à délivrer. En l’absence de moyens financiers  – dont on imagine facilement l’importance – distribuer des préservatifs ralentirait la pandémie. Sa position privilégiée dans les médias ne lui permettait-elle pas d’alerter les gouvernants de ce pays sur le besoin d’éduquer ? Ne lui autorisait-elle pas une prise de position différente… il me semble que si !

Choqué également par le fait que le porte-parole de l’église – et ses quelques millions de fidèles à travers la planète – ne maîtrise pas mieux sa communication. Pour preuve, en affirmant que le pape n’avait fait qu’exprimer « l’idéal » catholique de fidélité et d’abstinence, l’évêque de Gap, Mgr Jean-Michel Di Falco, a admis que si l’on ne parvient pas à vivre « l’idéal » de la fidélité, « on ne doit être ni criminel, ni suicidaire et on doit utiliser le préservatif.

Finalement, il ne manquait peut-être pas grand chose pour qu’on comprenne parfaitement ce qu’il voulait dire, et qu’on évite cette polémique.

Décidément, communiquer est un art. Et Benoit n’a sans doute la fibre artistique !

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2 commentaires

  1. Tu as oublié les guignols d’hier soir dans tes sources, je pense envoyer un devis à sa sainteté mais il faut admettre qu’on est pas gâtés avec celui-là … 🙂

    Et puis avec un chapeau comme le sien, on parle pas de préservatif…

    G@G

    • Merci pour le commentaire;
      Pour ce qui est des guignols, je ne peux pas citer ce que je n’ai pas vu.


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