Le Come-Back est à la mode

Qu’ont en commun Borg, Zidane, Jordan, Armstrong et Schumacher ?

Après avoir annoncé leurs retraites, à différents niveaux, ils ont tous faits leurs come-back. A cette liste pourraient s’ajouter Martina Hingis,  Katarina Witt ou Mike Tyson.

Le come-back est à la mode.

S’il est médiatiquement intéressant, il n’est pas toujours réussi et peut même s’avérer parfois sportivement inquiétant. Même si je cacherai pas ma sympathie pour tous ces grands champions, force est de constater, que tous n’ont pas réussi.

Zizou :  retour gagnant … mais final perdant

Août 2005 : alors que la France a du mal à se qualifier pour la Coupe du Monde 2006, la « jeune » génération n’ayant pas réussi à faire oublier ses prestigieux ainés, Zinédine Zidane annonce son retour en équipe de France (il n’a pas pris sa retraite en club), et ramène avec lui quelques cadres comme Makelele et Thuram.

La suite, on la connait : la France se qualifie pour la Coupe du Monde, où elle accède à la finale face à l’Italie. La quête du graal se finit hélas par une défaite aux tirs aux buts, dans un match marqué par le « coup de boule » de Zizou sur un rital qui le méritait l’aurait insulté. Le glorieux retour de Zizou se solde par un carton rouge, le 14e de sa carrière. Et une sortie qui fit couler beaucoup d’encre. Une deuxième retraite prise à nouveau sur une défaite.

Si je me suis réjoui du retour de Zizou et de son impact, je n’ai pu m’empêcher de regretter que cette décision ne se fasse aux dépens d’une jeune génération qui se trouvait ainsi désavouée. Domenech aussi était décrédibilisé car incapable de faire gagner une équipe sans Zizou (Et aujourd’hui, il est toujours là). Pourtant, ne dit-on pas qu’il faut laisser le temps au temps.

Ce come-back n’a d’ailleurs finalement permis que de reculer pour mieux plonger : deux ans plus tard, l’Euro 2008 est catastrophique. La France est éliminée lors des poules de qualification (1 nul, 2 défaites, 1 but marqué et 6 encaissés).

Si Zidane n’avait plus rien à prouver, il a pu confirmer – en était-il besoin – son incroyable talent et apporter à l’équipe de France la sérénité qui lui manquait. Pourtant, à titre personnel, il ne sort pas forcément grandit de ce come back, en étant le 4e joueur de l’histoire expulsé en finale d’une coupe du monde. Mais sa cote d’amour avec le public ne se dément pas, et il s’inscrit aujourd’hui encore comme l’une des personnalités préférées des français.

Armstrong : l’incroyable come-back médiatique du Boss

DE 99 à 2005, qui a gagné le Tour de France 7 fois d’affilées ? Lance Armstrong bien sur.

Dépassés les Merckx, Anquetil, Hinault et Indurain, tous quintuples vainqueurs du TDF. Avec 7 victoires consécutives, Armstrong marque l’histoire du vélo. D’autant que sa victoire contre le cancer ajoute au mythe du héros par ailleurs controversé.

3 ans 1/2 plus tard, à 36 ans, il annonce son retour au sein d’Astana, avec son manager de toujours, Johann Bruyneel. Contador, vainqueur 2007 et leader désigné va devoir composer avec son glorieux ainé. Ambiance.

Pour la petite histoire, il se dit que c’est en assistant à la victoire de Carlos Sastre l’an dernier, adversaire qu’il reléguait systématiquement à 10 minutes, qu’Armstrong aurait dit « Si Sastre gagne, pourquoi pas moi ».

La suite on la connait : malgré l’âge, la longue retraite sportive, une préparation perturbée par une fracture de la clavicule, Armstrong finit 3e du Tour. L’hypermédiatisation du duo Contador-Armstrong, de leur non-relation à la guerre des clans, occulte complètement les autres coureurs, mais redonne un intérêt médiatique fort au TDF marqué par le dopage et qui n’en demandait pas tant.

Au cours des 3 semaines, Armstrong démontre tout son sens de la course en évitant de se faire piéger par la bordure de la première semaine (à l’inverse de Contador). Il frôle même le maillot jaune après le contre-la-montre par équipe pour quelques centièmes de secondes. S’il se montre moins impérial en contre-la-montre individuel, il continue de franchir les cols devant. Bien sur il souffre. Heureusement même. Il ne peut pas suivre Contador qui accélère si facilement (personne ne le peut , d’où les nombreuses questions d’Antoine Vayer et les doutes de Greg Lemond), ni Andy Schleck dans les parties les plus raides. Mais au courage, il s’accroche pour sauver sa troisième place dans l’ultime étape de montagne du Ventoux.

Armstrong revenu pour promouvoir sa fondation, Armstrong l’arrogant que l’on aimait à détester parce qu’il gagnait toujours, se rachète une image en se montrant humain, en souffrant, et en reconnaissant immédiatement avec fair-play la supériorité de son coéquipier Contador après l’étape de Verbiers. Au final, celui que les français n’aimaient pas, se réconcilie avec le public. Mustapha Kessous analyse d’ailleurs parfaitement cette victoire médiatique de L.A. S’il y en a bien un qui a compris le rôle de Twitter, c’est bien lui.

Au final, un retour gagnant. Même s’il n’a pas gagné, tout le monde – sauf Bernard Hinault, peut-être – salue la performance sportive de celui qui, à nouveau, a supplanté les Sastre (vainqueur 2008), Evans (2e en 2007 et 2008), Menchov (2e du Giro 2009) pour signer un podium mérité. En orchestrant de main de maître son retour médiatique, Armstrong s’est même construit une image positive. Ajoutez à cela la mise en place d’une nouvelle équipe pour 2010 quand certains sponsors quittent le cyclisme, et vous comprendrez que son retour est forcément réussi.

Le come-back sans pression du Baron Rouge

Grand Prix de Hongrie : une ressort de la voiture de Barichello lâche et percute le casque de Felipe Massa, pilote Ferrari (et lui aussi brésilien). Blessé, il est hospitalisé. Il ne va pas pouvoir piloter lors des prochains grands prix. Qui pour le remplacer ?

Après avoir envisagé un temps les pilotes essayeurs Badoer et Gene – mais la nouvelle règlementation interdisant les essais privés, ceux-ci n’ont que peu roulé cette saison – ou peut-être pensé à Sébastien Bourdais, tout juste viré de Toro Rosso, écurie équipée de moteurs Ferrari, la rumeur s’est vite transformée en réalité : le Baron Rouge remplacera Massa dans le baquet de la F60.

Retraité en 2006, après 7 titres de champion du monde (tiens, 7 comme Armstrong), Schumi n’a pas vraiment quitté Ferrari. Conseiller technique, il est toujours aux côtés de la marque avec laquelle il a pu construire son fabuleux palmarès. Celui qui domine toutes les statistiques de son sport – 91 victoires, 68 poles positions – n’a plus rien à prouver.

« J’aime les défis, et là, c’est un défi. » C’est ainsi que Michael Schumacher commente son retour-surprise en F1. Et c’est guidé par l’amour du sport, un incroyable tempérament de gagneur, et un savoir-faire technique incomparable, qu’il accepte de revenir à la compétition. Tout le monde s’enthousiasme face à ce retour. Lewis Hamilton est heureux de pouvoir l’affronter. Même Lance Armstrong se rejouit du retour de Michael.

La suite, on ne la connait pas encore. Tout ce qu’on sait c’est que MS roule sur la voiture 2007 (la règlementation interdit les essais privés sur la voiture de l’année N et N-1), afin de s’habituer aux nouveaux pneus slicks, retrouver les sensations et valider sa forme physique (MS qui a essayé la moto, s’est blessé aux cervicales). Schumi travaille donc déjà dur pour préparer son retour, perdre quelques kilos…

Si bien qu’au Grand Prix d’Europe, fin Août, ce seront pas moins de 4 champions du monde qui vont s’affronter (Alonso, Raikkonen, Hamilton et Schumi). Pour la première fois, Hamilton va croiser la route de Schumi. Le plateau sera alléchant. Et indéniablement, ce retour apporte un regain d’intérêt médiatique à la F1.

Et certains, comme Alesi, imagine facilement que Schumacher pourrait gagner à nouveau, l’âge n’étant pas un handicap en F1 comme en cyclisme.

Là encore, sur un plan médiatique, MS le pilote dominateur et arrogant, va sans doute se racheter une image plus positive. Il a déjà pris la peine d’aller voir Massa à l’hôpital, pour prendre des nouvelles certes, mais pour le rassurer sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un intérim. Et pour son premier grand prix, dans une monoplace qui retrouve des couleurs après un début de saison catastrophique mais n’est pas au niveau des Red Bull et Brawn, personne ne s’attend à le voir gagner. S’il gagne, ce sera vraiment un génie que l’on va adorer, une belle histoire du « maître » qui revient et qui gagne… S’il ne gagne pas, ce sera finalement normal. Tout point marqué sera un bon résultat pour lui et l’équipe.

Et comme Armstrong, il pourrait retirer beaucoup de lauriers d’un simple podium.

Ces sportifs exceptionnels servent-ils leur sport ?

Drogués à l’adrénaline, compétiteurs hors-pairs guidés par le goût de la victoire, les grands champions reviennent souvent par goût du défi, sans penser à tout ce qu’ils peuvent perdre. Le retour de Borg est raté et humiliant. Celui de Zizou finalement en demi-teinte. Celui d’Armstrong est réussi, car il ne répond pas uniquement à une logique sportive. Schumi devrait également réussir son come-back car il est dégagé de toute pression.

Tous ces champions pourtant peuvent poser un sérieux problème à l’image de leur sport : leurs retours, quand il est sportivement réussis, discréditent les plus jeunes générations. Jeannie Longo – qui n’est jamais partie – ridiculise encore à 50 ans, les jeunes cyclistes françaises, voire internationales. Armstrong a dominé tant d’autres coureurs cette année, qu’il oblige à s’interroger sur la préparation, la formation, la détection de talents, etc. La question se pose aussi de savoir s’il n’a pas également discrédité le Tour de France. Je ne le pense pas…mais le débat est lancé par d’autres.

Zizou n’a pas été remplacé – Henry ne s’impose pas, Ribery semble le mieux placé, Gourcuff est trop jeune encore – et l’équipe de France dont les joueurs sont titulaires pourtant dans les meilleurs clubs d’Europe, peine à s’imposer. Pire, on ne supporte plus l’équipe de France qui propose un bien triste spectacle et se retrouve souvent sifflée lors des ses récentes apparitions. Comme si on n’avait pas appris à jouer sans Zidane, la France est orpheline de son maitre à jouer. Ne paye-t-on pas ici le fait de ne pas avoir laissé leur chance aux jeunes en 2005, quitte à ne pas disputer la coupe du monde ?

En F1, Lauda, gravement brulé en 76 et proche de la mort, avait abandonné son titre. Il revenait l’année suivante et gagnait le championnat. En 79, il annonçait à nouveau sa retraite. Il reviendra pourtant en 82, et sera une nouvelle fois champion du monde en 84, devant Alain Prost, un petit jeune pas encore au niveau. Pour réussir ainsi, il faut un talent indéniable, une volonté sans faille et un caractère de vainqueur.  La marque des grands champions. Et si cette année, Schumi réussit à gagner, il conviendra de s’interroger sur la qualité de réglage et la maitrîse des Raikkonen et Massa, qui n’ont pas su gagner cette saison, mais aussi des autres pilotes qu’il sera parvenu à vaincre… nous n’en sommes pas encore là.

Au final, les come-back sont plus ou moins positifs. Mais lorsqu’ils sont réussis, ils forcent le respect car ils couronnent, en plus du talent naturel,  des bosseurs acharnés guidés par le goût absolu de la victoire.

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2 commentaires

  1. « Armstrong l’arrogant que l’on aimait à détester parce qu’il gagnait toujours, se rachète une image en se montrant humain, en souffrant, et en reconnaissant immédiatement avec fair-play la supériorité de son coéquipier Contador après l’étape de Verbiers. »

    Totalement d’accord. Cf. la une de l’Equipe qui le salue. Pour se racheter une image il suffisait donc qu’il ne gagne pas (et qu’il dise tout le bien qu’il pense des contrôles anti-dopages dans ses tweets…).

    • Ca ne suffisait pas, mais c’était un des éléments parmi les autres avec LiveStrong. Force est aussi de constater son charisme dans le peloton (cf les oreillettes).
      Indéniablement un modèle de maitrise de communication, à étudier dans les écoles 🙂


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