Si on ne peut plus retoucher ses photos tranquilles

La situation n’était déjà pas très rose : c’est la crise. Mauvais chiffres de l’économie, chômage en hausse, moral des française en berne, notre Jojo est malade, Cali chante hélas toujours et Domenech est encore sélectionneur de l’équipe nationale de foot …C’est dire si ça va mal.

Notre seul moyen de rêver : fantasmer en se rinçant l’oeil devant les photos de Sharon Stone, seins fermes et peau plus fraîche qu’une adolescente en une de Paris Moche… alors qu’elle a 50 ans.

Même notre Nicolas (eh oui, même si on n’a pas voté pour lui, c’est le président de tous les français) lorsqu’il est photographié en train de ramer sur une barque, n’a plus aucun bourrelet… quel homme !

A l’époque où tout le monde se dénude, pour tout et n’importe quoi – Marianne James ce matin dans Gala, 10 femmes pour le cancer du sein début septembre dans Marie-Claire – je ne peux m’empêcher de remercier Saint-Photoshop qui nous offre à longueur de pages de magazine, la possibilité d’admirer des corps superbes aux courbes sensuelles, des peaux sans défauts, des chevelures brillantes… De la perfection dans un monde d’imperfection. Ca fait du bien de rêver…

Car c’est bien connu, la perfection n’est pas de ce monde. On l’apprend aux enfants. Enfin, les parents qui n’ont pas démissionné de leurs obligations parentales l’apprennent aux enfants. Comme on apprend aux enfants plein d’autres choses pleines de bon sens. Non, James Bond ne pourrait pas faire la moitié de ce qu’il fait sur les écrans dans la vraie vie, et non Indiana Jones ne peut pas survivre à une explosion nucléaire cachée dans un frigo ailleurs qu’au cinéma et sans les effet spéciaux.

De même, mon fils, aucune actrice sur laquelle tu fantasmes le soir en te couchant ne ressemble vraiment à l’image d’elle dans les magazines. Tout est retouché. Et je t’assure que si tu voyais sa tête au réveil, le mythe serait bien vite brisé.

On sait tous que la moindre photo dans la presse, dans les magazine, dans les catalogues ou sur les affiches politiques de campagne est retouchée.

Alors pourquoi cette idée de loi saugrenue demandant à ce que soit apposée une mention – “Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne” (sous peine d’une amende de 37 000 euros) – sur toute photo ayant été retouchée (Cf la proposition de loi) ?

La députée UMP Valérie Boyer s’expliquait ce matin sur le sujet sur Europe 1. D’un point de vue syntaxique tout d’abord, elle rappelait que l’on parle de bien de « modèles » donc de gens qui ont valeur d’exemple à suivre, en particulier pour les jeunes filles.

Et selon elle, le risque existe que certaines personnes voient ces photos une réalité à laquelle elles pourraient s’identifier. Elle déclarait d’ailleurs au JDD : « « beaucoup de gens, les jeunes filles notamment, ne font pas la différence entre le virtuel et le réel, ce qui nourrit des complexe dès le plus jeune âge ». Cette mention s’inscrit ainsi dans le cadre des actions du gouvernement en matière de prévention de l’anorexie.

Mais comment croire que l’apposition d’une mention va aider à discerner le vrai du faux, va aider à lutter contre l’anorexie, quand la mention « fumer tue » écrite en lettres capitales n’arrive pas à convaincre un fumeur d’abandonner sa sucette à cancer ? Faut-il donc être naïf pour penser que cette mention va changer la perception de la réalité par la jeunesse actuelle.

D’ailleurs, les jeunes, usagers intensifs des nouvelles technologies, ont sans doute vue ce film Dove, montrant de quelle manière intervient les artifices (retouche, mais aussi maquillage, coiffure, etc) dans la réalisation d’une publicité.

Et qui sont les 9 millions d’internautes qui ont vu les miracles que pouvait permettre Photoshop dans ce film « avant/après »  ?

Ne sont-ils pas finalement plutôt bien informés vu tout ce qu’ils peuvent trouver sur Internet.

Le succès de la presse people, à travers laquelle on aime découvrir tous les petits défauts de nos stars favorites, ne nous rassure-t-il pas également sur le fait que seule une minorité de gens croient que les images retouchées sont l’expression d’une réalité ?

Enfin, je me souviens que le milieu de la mode, après la mort de modèles souffrant d’anorexie, s’était engagé à ne plus faire travailler de jeunes filles trop maigres. Hélas, rien n’a changé sur ce point. Des jeunes filles squelettiques continuent de défiler. Elles seront photographiées, filmées et montrées…

Finalement, je crois que je ne suis pas surpris : ce projet de loi c’est comme donner une aspirine à un malade du cancer. Pas sur qu’on s’attaque aux racines du problème.

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3 commentaires

  1. C’est sûr, mieux vaut ne rien faire, laisser les jeunes filles anorexique se détruire sans scrupules. Ce projet de loi est une très bonne idée et j’espère sera un premier pas vers davantage de contrôle de ces images/films adaptés qui incitent les jeunes a n’importe quoi (culte de la maigreur, cascades débiles, etc.).

    • Merci Rémi. Mais crois-tu sincèrement que le fait d’apposer une mention va faire évoluer les mentalités ?
      L’anorexie est une maladie. Est-ce que le bandeau va les soigner ? Je ne le pense pas.
      Surtout que celles dont on parle accèdent librement aux sites pro-anorexie par exemple.
      Et c’est pourquoi j’exprime l’idée que les parents ont un rôle à jouer.
      Sinon, si je vais dans ce sens : que penser des jeux vidéo (vais-je devenir un tueur comme le personnage du jeu?) ?

  2. […] This post was Twitted by cayenconsulting […]


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