Championnat d’Europe d’athlétisme : mes 10 moments forts (2/2)

Suite et fin de mon Top 10 des moments forts des derniers championnats d’Europe à Barcelone.  Et là, j’avoue que le classement a été plus difficile à faire.

4e donc … le décathlonien Romain Barras

4 : Romain Barras

J’ai une grande admiration pour les décathloniens, véritables athlètes complets, capables d’enchaîner 10 épreuves en 2 jours. J’ai surtout une forte admiration pour la solidarité dont ils font preuve dans l’effort. Adversaires, jamais ennemis, ils posent tous ensemble pour la photo finale, au terme de la dernière épreuve, après être allé au bout d’eux-mêmes.

Et puis, soyons honnête : le décathlon, c’est tellement peu médiatisé, tellement peu médiatisable et tellement difficile à comprendre avec leurs histoires de calcul de points, qu’il faut être présentateur de France Télévision pour arriver à suivre.

Alors la victoire de Romain Barras à Barcelone, c’est avant tout pour moi la victoire d’un athlète attachant, qui a su se dépasser pour réussir 8453 points, meilleure performance de la saison. Au palmarès européen de la discipline, Romain Barras succède à Christian Plaziat (1990) et Alain Blondel (1994), derniers vainqueurs français.

6e au terme de la première journée (après avoir pourtant réalisé sa meilleure performance de la saison à la longueur, et réussi sa meilleure performance à la hauteur) il a acquis sa victoire, lors de la seconde journée, son traditionnel point fort, prenant la tête après son excellent jet à 65,77 m au javelot, à 7 cms de son record personnel (9e épreuve). Il ne lui restait plus qu’à dominer le néerlandais dans le 1500 m final.

Preuve du respect existant entre eux, la petite tape sur l’épaule entre les deux adversaires avant de commencer la course : bonne chance et rendez-vous 4 min 30 plus tard. Et au terme d’une course parfaitement maîtrisée, Romain ayant su durcir le rythme, et accélérer au bon moment pour décrocher irrésistiblement le néerlandais, c’est le français qui peut tendre les bras au ciel et écarquiller les yeux en grands comme s’il ne comprenait pas ce qu’il se passait – il déclarera plus qu’il ne comprenait pas pourquoi ces amis Nadir el Fassi et Florian Geffrouais ne venaient pas le rejoindre pour partager cet instant – car il est champion d’Europe. On appréciera le premier geste du néerlandais, qui là encore, vient le féliciter immédiatement. La grande classe.

Bravo Romain pour cette performance.

Le détail de ses performancesdécortiqué ici –  11.09 (100 m), 7,24 m (longueur), 15,15 m (poids), 2,04 m (hauteur), 48.33 (400 m), 14.22 (110 m haies), 44,51 m (disque), 5,05 m (perche), 65,77 m (javelot) et 4:28.43 (1500 m).

3 : Yohann Diniz

Je vais être franc : j’ai une grande affection pour Yohann Diniz.C’est un sportif que je trouve simple, sain et extrêmement attachant et que j’aurai plaisir à rencontrer (Yohann, si tu me lis … l’invitation est lancée). Et comme si la marche n’était pas assez difficile comme ça, elle se compose en plus d’une dimension humaine importante, avec le regard des juges qui peuvent pénaliser un sportif dont les pieds ne resteraient pas en contact du sol. Une dimension qui peut perturber complètement un sportif. Yohann le sait mieux que personne…

A Barcelone, il obtient le titre européen au bout de 3h40 d’effort intense, un excellent chrono, sous une chaleur accablante, avec une stratégie déroutante. Il montre, 4 ans après son titre européen, mais surtout après deux échecs aux JO et aux championnats du monde, qu’il a trouvé les ressources mentales et qu’il a su travailler pour gagner à nouveau.

Parti très rapidement devant, dès le premier kilomètre, sur un rythme élevé de 4’25 au kilomètre, Yohann déroute tous les commentateurs et spécialistes. Sa stratégie du cavalier seul devant parait suicidaire, et personne ne croît qu’il pourra résister au retour des poursuivants lorsque ceux-ci se décideront à accélérer. Mais au fur et à mesure que la course avance, son écart grandit pour atteindre 1’30. Et même lorsque les poursuivants accélèrent, Yohann maintient l’écart. Convaincu qu’il devait courir en fonction de lui-même, et non pas de la course, Yohann ne se concentre que sur sa performance.

Une seule alerte à 5 kms de l’arrivée, quand Yohann heurte un trottoir et tombe au ravitaillement. Mais plus de peur que de mal.

Yohann ne sera jamais rejoint. Il franchit la ligne avec une avance considérable sur le deuxième.

Crédit photo Reuters / via sports.fr

Et ses premiers mots seront à la fois pour remercier France Télé, et ses animateurs passionnés, qui le suivent et lui font confiance malgré ses échecs, mais aussi pour l’équipe de France, dont les premiers exploits ont crée une saine émulation. Quand on vous dit qu’il y a une cohésion dans cette équipe de France…

Avec ce chrono, Yohann sera parmi les favoris de Londres 2012. Et j’espère vraiment qu’il décrochera l’or olympique.

2 : le 3000 m steeple

Avec leurs chronos actuels, Mahiedine Mekhissi et Bouabdellah Tahri faisaient figure de favoris dans cette finale. Le titre ne semblait pas pouvoir leur échapper. Et la seule chose qu’ils devaient craindre lors de cette finale, c’était une course lente dans laquelle ils pourraient se faire piéger au final.

Certains disent que dans la vie ces deux là ne sont pas les meilleurs amis du monde. Il paraît… Mais au moment de rentrer dans le stade, ils sont assez intelligents pour s’entendre et se décider à faire la course ensemble, et lâcher tous les autres. Du coup, dès le premier tour, Bob mène. Au tour suivant, Mahiedine le relaie… L’écart se creuse, irrésistiblement. L’entente fonctionne parfaitement entre les deux « kenyans blancs ».  Leurs adversaires relégués à 8 ou 10 secondes derrières à l’approche du dernier tour, il ne reste plus qu’à se disputer la victoire entre hommes. Mahiedine le cadet, dépose Bob l’ainé dans la dernière ligne droite. Avec un chrono 8’07, les deux battent le record du championnat. La France réalise un doublé inédit absolument magnifique. Et leur accolade, leur tour d’honneur avec le drapeau français, et leurs déclarations dissiperont même les doutes sur leur prétendue rivalité.

Crédit photo : Panoramic / via lefigaro.fr

Bouabdellah… Mahiedine… ca ne sonne pas très français comme prénom ça ! N’en déplaise à certains, mais les deux compatriotes viennent de nous offrir lors de cette finale une des plus belles pages de sportivité, d’intelligence, de solidarité et de bonheur que l’athlétisme ai connu.

Et quand en plus, Mahiedine déclare au micro, quelques instants après sa victoire « C’est vrai que je gagne aujourd’hui, mais c’est surtout la France qui gagne », il délivre un message que d’aucuns feraient bien d’entendre. 

1 : La solidarité de l’équipe de France

C’est sans conteste le fait marquant de cette semaine : l’équipe de France au sens large a fait la démonstration durant toute la semaine d’une solidarité réelle, visible et palpable. A l’image des deux autres décathloniens, Nadir el Fassi et Florian Geffrouais, intenables et prêts à bondir sur la piste pour aller féliciter Romain Barras à la fin de son ultime épreuve, de Mesnil et Dossevi premiers supporters de Renaud Lavillenie à la perche, les sportifs ont fait preuve les uns envers les autres d’une solidarité indéniable. A peine sacré, Yohann Diniz ne remerciait-il pas tous les autres membres de l’équipe qui lui avaient montré la voie? Combien de fois avons-nous pu apprécier les gestes d’encouragements, de félicitation, ou encore de réconfort ? Et Ladji Doucouré de souligner « «La nouvelle génération est plus portée sur l’ambiance et le partage.»

Cette solidarité qui a stimulé les uns et les autres, qui a poussé chacun a dépasser ses limites, contraste forcément avec l’attitude catastrophique des footballeurs en Afrique du Sud. Comme l’écrit Sylvain Labbe, dans sports.fr : « la preuve fut donnée de façon magistrale que la passion du sport, l’amour du maillot et l’esprit d’équipe avaient encore un sens. Autant de valeurs piétinées et galvaudées en Afrique du Sud que les Bleus de la piste, moqués encore il y a peu pour leurs performances en retrait, ont su s’approprier pour les élever au rang de vertus cardinales. »

Cette solidarité aura également montré que la France était un pays où le mot fraternité avait encore un sens. Alors que l’actualité politique nous amène à nous questionner sur la nationalité, tous les athlètes ont montré leur amour du maillot, leur fierté d’être Français, et ont affiché une solidarité sans faille qui fait défaut sans doute à notre nation aujourd’hui.

Dans un été 2010 mi-figue mi-raisin sur le plan météo, les performances françaises en athlétisme au cours de cette semaine, qui font suite aux 6 victoires d’étapes françaises sur le Tour de France, sont autant de rayons de soleils dont nous avions besoin, et que seul le sport est capable de nous offrir.

Alors, comme dirait Gégé Holtz : Vive le sport !

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