Chronique de la violence ordinaire

C’est un fait divers comme il en arrive tant. Et de bien plus graves. C’est une anecdote, rien de plus… une chronique de la violence ordinaire. Ce samedi, sur l’autoroute A3, de retour d’un diner amical dans le 93, il fait beau. J’ai décapoté, profitant des rayons du soleil pour parfaire mon bronzage à l’approche de l’été. C’est encore ce que j’ai de plus intelligent à faire pris dans les embouteillages de l’autoroute pour rentrer sur Paris. Même un samedi c’est bouché…

Les voitures au pas, pare-choc contre pare-choc, le parisien que je suis devenu est résigné face à la stupidité de sa situation. Les défis cumulés de l’infrastructure routière, des transports en commun et des économies d’énergies sont décidément une priorité…mais existe-t-il vraiment une solution ?

Mais dans un monde où tout s’accélère –  imaginez que le bouton le plus pressé dans un ascenseur est celui pour la « fermeture des portes », où certains font l’éloge de la lenteur nécessaire à la prise de recul, l’homme est toujours plus pressé. Le trafic, gaspilleur de temps qui frappe de façon désormais aléatoire, est avec le tristement célèbre incident sur la ligne B du RER, nouveau vocabulaire que Saturne a inventé quand un désespéré se fout en l’air pour pas dire « suicidé » ou « un malheureux de plus en moins », la hantise de l’agenda du parisien.

Ce samedi, il devait être pressé au volant de sa twingo pour se servir d’une voix d’entrée sur l’autoroute pour sortir de la longue file ininterrompue de véhicules et tenter de doubler par la droite, de façon à grapiller quelques précieuses secondes qui devaient sembler à ce moment là indispensables à sa (sur)vie… faisant fi tout à la fois des règles de conduite autant que la logique qui veut que son comportement participe au renforcement des bouchons. Mais au volant, l’homme, en général, est-il capable de réfléchir normalement ?

Pas de chance pour lui : je l’ai vu, je déteste ce genre d’attitude et ne compte donc pas lui faciliter l’accès à l’autoroute. Je décide donc sournoisement – oui, je peux être sournois parfois – de me coller devant le véhicule qui me précède, alors que la twingo tente de pénétrer de force dans le flot de circulation juste devant moi après avoir réussi grâce à sa surpuissante accélération à doubler… 5 véhicules.

Voyant que je ne lui cède pas le passage, le conducteur m’invective immédiatement « t’as un problème, laisse moi passer ». Je baisse ma vitre pour tenter d’expliquer poliment au pénible qu’au regard de sa conduite, je n’en ai aucune intention, la voix d’accélération n’ayant pas pour but de doubler mais de laisser rentrer les gens sur l’autoroute, ce qui n’est pas son cas. A ce moment là, je me sens très Stéphane Hessel : indigné par la conduite de l’individu, je refuse de me laisser marcher sur les pieds (bon, je l’admets, la comparaison avec le contenu de l’ouvrage polémique est discutable… mais vous savez que c’est, les mots clés 😉 )

Il n’en aura pas fallu plus pour faire exploser l’autochtone que certains décriraient de 3ème génération s’ils voulaient donner un relent de racisme à leurs propos, alors que personnellement je me garderai bien de stigmatiser quoi que ce soit dans ce billet. Voilà que celui-ci m’insulte littéralement, dans des termes haineux que je ne reproduirais pas ici, mais qui visent successivement à me renvoyer dans mon département car je suis chez lui, à me montrer qui fait la loi, à m’expliquer qu’il embrasse ma famille et se fait fort de m’offrir un séjour au service traumatologie (enfin encore faudrait-il qu’il ai connaissance ce terme, ce dont je doute vu son niveau de vocabulaire) de l’hopital le plus proche s’il me croise… des propos vociférés par la fenêtre, en roulant encore sur la bande d’arrêt d’urgence, alors que j’ai personnellement monté le son de mon autoradio et prends alors soin de ne plus accorder aucune importance à celui qui postillonne sa haine sur la vitre droite de mon véhicule (Faudra que je vérifie, mais je pense que Grissom devrait pouvoir récupérer son ADN).

L’échange en restera là… Une chronique de la haine ordinaire vous disais-je en débutant ce récit totalement anecdotique.

Anecdotique, s’il n’illustrait significativement le fait que certains individus se placent désormais au dessus des lois, ne respectant désormais plus qu’eux-mêmes et leurs propres règles. Ils ignorent Rousseau et son contrat social. Le rappel régulier dans la dialectique à la notion de territoire approprié : il est du 9-3, il est chez lui, il dicte sa loi… Et la violence de sa réaction est amplifiée par le fait que j’ai refusé de me laisser faire comme ce doit être le cas en général. Là, nous étions en voiture. Mais que se serait-il passé dans un bus ? Dans la rue ? Serai-je encore là pour le raconter ? Aujourd’hui, il faut forcément se poser la question…

Certains départements sont devenus des zones de non-droit où représentant de l’état, policier mais aussi pompiers, n’osent plus aller. Le thème de la sécurité est un marronier des campagnes présidentielles, comme les dossiers immobiliers. Les explications sont nombreuses… Les actions possibles aussi, et à tous les niveaux : écoles, familles, cité, etc. . Elles sont régulièrement débattues par les politiques et observateurs de notre société. Difficile toutefois d’imaginer que le respect de l’ordre reviendra seul, sans que la police ne se sente renforcée, soutenue et légitimée dans son action de proximité.

Et surtout, ne me dites pas que c’est la pauvreté est au coeur de la délinquance. Nos campagnes sont bien plus pauvres et bien moins délinquantes.

Et cette réflexion aussi angoissante que désabusée au regard de cette anecdote : si ce genre d’attitude compose le quotidien de certains, je crois que je comprends quand même pourquoi le parti de la blonde progéniture du borgne progresse en France.

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