Cet été, le sport retrouve ses vraies valeurs

Ce début d’été a été marqué pour moi par le retour des vraies valeurs du  sport, galvaudées et mises à mal par certains, à travers deux exemples frappants et forts sympathiques : le succès du foot féminin d’un côté, le maillot jaune de Thomas Voeckler de l’autre.

Chacun à leur manière, ces deux événements, actuellement au coeur de l’actualité médiatique, remettent le sport – le vrai – au centre du débat, éclipsant les sujets extras-sportifs qui souvent l’empoisonne.

L’incroyable succès du foot féminin

Ce n’est pas leur faire offense que de dire que Sonia Bompastor et autres Camille Abily n’étaient absolument pas connues du grand public il y a 6 mois à peine. Tout au plus Marinette Pichon était peut-être un peu connue, sans doute plus à cause de son improbable prénom, que de son talent, et ses 81 buts en 112 sélections sous le maillot des bleues.  Tout au plus, les amateurs de foot avaient suivi le parcours de l’équipe de foot féminin de Lyon qui a remporté la Ligue des Champions 2011 contre Postdam (2-0) après avoir échoué l’année précédente contre ces mêmes allemandes en finale, battue aux tirs aux buts. Le club des « Fenottes » réalisait ainsi le rêve que leurs prestigieux voisins masculins n’a jamais ne serait-ce qu’effleuré.

Et puis, la coupe du monde est arrivée. Pour se qualifier pour sa 2e coupe du monde après 2003, les bleues ont réalisé un parcours sans faute : 10 matchs et autant de victoires, 50 buts marqués, 0 encaissés. Alors que certains refusaient de descendre d’un bus et s’avéraient incapable de planter un but en Afrique du Sud, mais réclament des primes, les filles redoraient le blason de la France. J’étais parmi les 670 000 spectateurs de Direct 8 lors du 7-0 face à la Serbie au dernier match de qualification. J’avoue avoir découvert le foot féminin à cette occasion là – cf mon  tweet . Direct 8 avait senti le bon coup après la campagne dénudée autour du thème « faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer« ? et leur donnait enfin un peu plus de visibilité.

Organisée chez nos voisins allemands – dont la fédération de foot féminin compte 1 million de licenciées vs 55.000 en France – cette coupe du monde arrivait à point nommé pour confirmer l’essor. Et avec plus de 3 millions de spectateurs devant France / Angleterre en 1/4 de finale, et sans doute plus en 1/2 face aux américaines, le moins qu’on puisse dire c’est que l’engouement a été réel.

Il s’explique pour plusieurs raisons

* L’état d’esprit : à l’image des « Experts » au hand, les filles ont fait preuve d’un état d’esprit exceptionnel tout au long de la compétition. Un groupe uni, soudé, sain et heureux de pratiquer son sport. Si le niveau technique reste encore peut-être un cran en dessous de celui des hommes (encore que, Thierry Roland, symbole du machisme télévisuel, a déclaré « Contrairement aux Bleus, elles tirent bien les corners, ce qui est quand même le b.a-ba du football. Ce qui est trop compliqué pour Franck Ribéry semble facile pour les filles »), les filles n’ont de cesse de se battre sur chaque ballon et ce jusqu’à la dernière minute.

Camille Abily doit courir plus en une mi-temps que Malouda et Anelka réunis sur un match entier. L’égalisation française face aux anglaises à 3 minutes de la fin, comme celle des japonaises en finale, à 3 minutes de la fin des prolongations, prouve l’extrême combativité dont ont fait preuves les joueuses durant la compétition. Un engagement qui, en France, contraste d’autant plus avec l’image déplorable laissée par nos bleus, enfants gâtés et surpayés qui n’ont plus le goût de l’effort, et notre championnat modeste, et qui redonne ainsi au sport ses lettres de noblesse.

D’autant que, comme le rappelle France24, le salaire moyen en Ligue 1 est de 45 000 euros – les footballeuses de la première division féminine touche entre 1 500 et 3 500 euros quand elles n’ont pas une activité parallèle.

Et puis, sur le terrain, pas de chutes simulées, de douleurs insupportables ou de contestations incessantes auprès de l’arbitre. Un point dont les américains se sont amusés dans une pub pour ESPN, mais qui participe pleinement du plaisir de les voir jouer.

* David vs Goliath : Si la France aime le sport, elle aime aussi la dramaturgie que peut offrir ce spectacle. Et dans ce domaine, nous rêvons tous de voir David terrasser Goliath. Nous avons vite fait de juger arrogants les champions archi-dominateurs – les Armstrong, Schumacher and Co – et soutenir les petits capables d’exploit. Surtout si ceux-ci sont français. Face aux anglaises, grandes favorites, les bleues sont allées chercher la victoire au bout du suspens, au terme d’un scénario incroyable. Et du coup, on s’est mis à rêver que l’exploit se reproduise face à l’ogre américain. Rêve brisé au terme d’un match où pourtant les filles ont su hisser leur niveau de jeu pour faire jeu égal avec leurs glorieuses adversaire.

Alors bien sur, le plus dur reste à venir pour installer le foot féminin de façon durable dans le paysage sportif. Mais de par leur attitude tant sur le terrain qu’en dehors, les filles ont rendu un grand service au foot, et au sport en général.

Thomas Voeckler, le héros de l’été ?

La question est sur toutes les lèvres : peut-il garder le maillot jaune jusqu’à Paris et succéder à Bernard Hinault, dernier français vainqueur du Tour… c’était en 1985. A moins d’une semaine de l’arrivée, Thomas Voeckler surprend tout le monde – quoi que – et surtout tient tête aux favoris. Jusqu’où ?

A la veille des 2 grandes étapes dans les Alpes, couvert d’or, le cycliste qui avait déjà porté la tunique jaune en 2004 pendant 10 jours, s’installe définitivement dans le coeur du public qui s’enthousiasme pour son exploit.

Son parcours, quelle qu’en soit l’issue, est intéressant à plusieurs titres : le premier, c’est que Voeckler est un coureur éminemment sympathique. Souriant, disponible et sain, il porte en lui les valeurs du cyclisme propre. Car en France, avec le suivi longitudinal auquel sont soumis les coureurs durant toute l’année, et le renforcement des contrôles, nous avons désormais la garantie qu’ils ne sont pas dopés.

J’apprécie aussi sa modestie. Thomas dit lui même « je n’ai aucune chance de gagner le Tour ».  Histoire de faire tomber la pression qui l’entoure, c’est intelligent. Et cela prouve la maturité du coureur, qui tire profit de son expérience passée, n’en déplaise à Hugues Serraf et son billet sur atlantico. Il est certain que Voeckler a su se dépasser pour résister aux meilleurs, s’accrocher aux Schleck, Contador et Evans, voire même les attaquer. L’image du point serré, à l’arrivée du plateau de beille, satisfait du travail accompli autant que de la victoire personnelle va marquer ce Tour. Mais la route est encore longue.

Image reuters / site sport24.com

Si les performances de Thomas ne sont tout de même pas vraiment une surprise – il a remporté en février du Tour du Haut Var, pas vraiment une course plate, et s’il désormais considéré comme un vainqueur potentiel par Armstrong, ou même Contador, il ne faut pas être naïf non plus : les Alpes seront bien plus dures que les Pyrénées, la stratégie de course des « favoris » va peut-être enfin se décanter (il profite pour l’instant sans doute aussi de leur apathie générale) et le chrono de samedi lui sera défavorable.

Mais Voeckler incarne définitivement cette image qui nous fait aimer le sport : le petit français, moins fort que les grands champions, mais qui au profit de sa ruse, son intelligence de course ou encore son courage, réussit à leur tenir tête. Il incarne une part de rêve envolée depuis Hinault : celle de voir un français remporter le plus grand événement sportif gratuit.

Chacun à leur façon, ces deux événement ont redonné une image saine et positive du sport. Après la victoire inattendue de Li Na à Roland-Garros, et à l’aube du retour triomphant – à n’en pas douter-  d’une Laure Manaudou assagie par la maternité, on s’enthousiasme pour d’authentiques exploits, d’autant plus que ceux-ci sont réalisés par des français. On redevient fiers de nos couleurs. On vibre devant le sport… et ça fait franchement du bien.

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