Cinéma : ne ratez pas « Une séparation »

Le film iranien « Une séparation » est en train de devenir le carton de l’été, avec plus de 630 000 spectateurs à la mi-juillet, le film pourrait atteindre le million fin août. Une surprise pour un film d’une qualité rare et que je vous conseille de ne surtout pas rater.

A l’image de ces films étrangers excellents « Goodbye Lenin » et « La vie des autres » qui ont connu un immense succès populaire inattendu au cinéma, Une séparation est donc en train de s’imposer en France, après avoir récolté un ours d’or à Berlin. Et c’est mérité car ce film est brillant.

Il est pourtant particulièrement difficile de raconter un film aussi riche que celui-ci.

Simin et Nader font partie de la classe moyenne. Simin veut quitter Teheran, mais Nader son mari, refuse de la suivre, car il doit s’occuper de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer. Le couple décide de se séparer, et Termeh, leur fille reste chez son père. Première séparation du film, au terme d’une scène d’introduction remarquable chez le juge ponctuée d’une des phrases les plus cinglantes du film quand le juge répond à Simin, qui pense que sa fille aurait un meilleur avenir à l’étranger : « parce que vous pensez que les enfants de ce pays n’ont pas d’avenir ».

Nader embauche alors Razieh – qui vient toujours accompagnée de sa petite fille de 5 ans -pour s’occuper de la maison et de son père, sans savoir que celle-ci est enceinte et qu’elle cache cet emploi à son mari, psychologiquement instable. Le travail est difficile pour cette femme qui habite en périphérie, se lève tôt. Et surtout, il la  confronte à un problème religieux, autant qu’un problème de conscience, lorsque, le père de Nader s’étant oublié, elle doit le nettoyer. Si bien qu’elle en appelle son imam pour savoir si c’est un pêcher. Mais, suite à un incident, Nader se voit contraint de renvoyer Razieh en la bousculant un peu trop. Elle perd l’enfant. Et Nader de se retrouver alors accusé de meurtre. Nous voici alors au coeur de l’imbroglio.

Une séparation offre avant tout une peinture d’une incroyable justesse de la société iranienne. Loin de dénoncer le régime en place, le film reste centré sur l’histoire et les personnages, servis par une interprétation magistrale qui donne l’impression de personnes réelles. L’acteur s’efface totalement devant son personnage.

L’impossibilité de communiquer est au centre des problèmes de ce drame comme le souligne le réalisateur. Dans un Iran où le Coran semble plus fort que la loi – une justice impartiale et déshumanisée, un peu kafkaienne – chacun va chercher à sauver les apparences, usant de ruse et de mensonge, de non-dits. Chacun a tour à tour raison et tort. Chacun ment. L’exploration des différents points de vue, le travail en ellipse du réalisateur qui nous conduit à voir les scènes par les yeux de ceux qui en sont spectateurs (le père, la fille dans sa chambre, la petite fille) emmène le spectateur à comprendre qu’il n’y a pas une vérité unique, mais plusieurs incarnations d’une même vérité. C’est sans doute là, la plus grande force du film. Une vraie réflexion philosophique sur la recherche de la vérité.

A ce sujet, Asghar Farhadi, le réalisateur raconte volontiers l’histoire d’un éléphant qui se retrouve au milieu d’une pièce pleine de gens et plongée dans l’obscurité. Tout le monde est invité à le toucher pour deviner de quoi il s’agit. Celui qui touche une patte a l’impression d’avoir affaire à la colonne d’un temple, celui qui palpe une oreille pensera à une feuille d’arbre tropical, celui qui touche sa trompe vous dira qu’il s’agit d’un saxophone. « Si on allume la lumière, tout le monde s’accorde pourtant sur le fait que c’est un éléphant. »

Le réalisateur renforce la crédibilité de son film en montrant un Iran lardé de conflits et de petits arrangements dans la vie quotidienne, à l’image de la station service où l’on ne rend pas la monnaie. On est loin du film politique. Et c’est sans doute ce qui renforce encore son histoire, inscrite définitivement dans le quotidien. Ce que souligne Le Monde : « Asghar Farhadi use des théâtres intimes pour distiller l’idée qu’en Iran le mensonge et la manipulation se pratiquent à tous les niveaux, que les comportements que l’on y impose méritent d’être débattus, contestés ».

Au final, ce film, qui figurera forcément dans mon Top 5 de l’année 2011, s’impose comme un film à tiroirs, qui, loin d’être fourre-tout, explore une multitude de sujets – la religion, le divorce, les relations parent-enfant, la place des femmes, l’honneur et la responsabilité, etc. – avec subtilité, intelligence, précision et servis par une réalisation exigeante, des dialogues et des acteurs exceptionnels. Et laisse en suspend cette question : de quelle séparation parle vraiment le titre du film ?

Voici la bande-annonce :

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